D’où viennent les accras ?

Par joris

Exotique et parfumé ! Ce qui est bien avec la cuisine créole, c’est qu’une recette peut vous transporter dans plusieurs pays du monde simultanément !

La cuisine créole est apparue vers le XVIIème siècle et rassemble des recettes mêlant différents goûts, couleurs, saveurs et arômes.

Partons à la découverte des saveurs créoles, des Antilles à la Réunion, des côtes du Venezuela à la Nouvelle-Orléans, en passant par le Golfe du Mexique. Bref, partager la cuisine créole, c’est partager une cuisine réconfortante, originale, authentique et familiale !

Comment parler de cuisine créole et précisément des Antilles françaises sans parler de ces petits beignets épicés et délicieux appelés accras de morue ou beignets de morue salée !

Donuts et beignets n’ont plus de secret pour nous ! Qu’ils soient tanzaniens, mauriciens, de Sierra Leone ou de mon Maroc natal, nous avons pas mal abordé le sujet !

Connaissez-vous le Royaume du Dahomey ? L’ancien royaume du Dahomey comprend la zone géographique couvrant désormais le Bénin, le Togo et le Ghana. C’était un royaume africain patriarcal établi au XVIIe siècle et situé au sud-est de l’actuel Bénin. A partir de 1894, le nom fait référence à un territoire de l’empire colonial français, devenu le Bénin en 1975. C’est là que sont nés les accras ! L’origine africaine du mot accra est donc établie : il signifie beignets de légumes en langue Ewe du Dahomey.

Accra est certainement le plat le plus omniprésent des Antilles avec le boudin créole ou le boudin. On les appelle accras de morue ou encore marinades, notamment en Martinique. Cette appellation tend à disparaître pour ne pas se confondre avec les marinades traditionnelles telles que nous les connaissons.

Si ces petites bouchées sont devenues la spécialité des Antilles françaises, elles illustrent surtout le métissage des cultures culinaires qui ont convergé vers les Antilles.

Remontons au XVIIe siècle pour mieux comprendre.

La morue est arrivée en 1635 avec les premiers colons venus de Normandie et de Bretagne, deux régions où l’on partage une forte culture gastronomique des produits de la mer. La morue a rapidement été adoptée comme plat du pauvre car facile à conserver, à préparer et surtout extrêmement peu coûteuse.

Il était importé principalement de Terre-Neuve et était l’aliment de base commun accordé par les propriétaires fonciers aux esclaves et généralement servi dans un plat unique avec des bananes vertes, du riz ou du manioc.

Ces fameux petits beignets de poisson sont une spécialité bien venue des 4 coins du monde. En Espagne et en Amérique du Sud, les fameux buñuelos sont préparés avec du corégone. Au Portugal, les bolinhos de bacalhau sont exactement comme les galettes de poisson salé de la Barbade. Au Brésil, les acajarés sont fabriqués avec de la farine de pois chiche. En Asie, les tempuras n’ont pas besoin d’être introduites. Pendant ce temps, en Afrique, la farce est souvent enveloppée dans de la pâte comme pour les pastels du Cap-Vert. Bien sûr, selon les pays, les épices seront différentes, tout comme le grain utilisé pour la pâte.

Il y a une légende célèbre derrière ces beignets de morue salée des Antilles qui reflète parfaitement le mélange de la culture créole.

On dit que les beignets de morue salée sont apparus au siècle dernier, dans la cuisine d’une dame normande vivant en Guadeloupe. Elle était désespérée car elle ne trouvait pas de pommes (normandes) pour préparer ses beignets. Une deuxième dame, d’Afrique, proposa de remplacer les pommes par de la morue qu’elle était en train d’émietter. Craignant que les beignets ne soient trop fades, une troisième dame, venue d’Inde, a proposé d’ajouter des oignons verts et du piment. Ainsi sont nés les beignets de morue salée !

Alors je vous laisse découvrir cette belle recette des Antilles françaises mais finalement mi normande, mi africaine, mi indienne !

Bondapiti !